Albert Bergevin 1887 – 1974

 

 

 

Est le fils d'un antiquaire d'Avranches.
En même temps qu'il apprend à lire et à écrire, il découvre la sculpture médiévale que collectionne son père. Il acquiert rapidement le sens des choses de l'art. Il fait ses premières armes au collège de la ville où il naît et grandit. Il y reçoit les conseils de Charles Foucqué, professeur de dessin. Ses études secondaires terminées, il se rend à Paris, où il est accueilli par Louis Lavalley, Prix de Rome de peinture qui crée des oeuvres, d'une lumière flamboyante, d'une beauté raffinée. Louis Lavalley l'oriente vers les impressionnistes. Sous sa direction il prépare l'examen de l'Ecole des Beaux Arts. Il suit d'autre part les cours de la célèbre académie Julian, où ses maîtres sont Jules Lefebvre et Tony Robert Fleury. Il ne tarde pas à être admis à l'Ecole de la rue Bonaparte. Il fréquente par la suite l'Académie Ranson1 à Montparnasse. Le stage qu'il y fait sera déterminant pour son évolution. Ses condisciples s'appellent Roger de La Fresnaye, Alix et Lotiron.
Albert Bergevin court les expositions et visite les musées.

 

1 Paul Ranson, un peintre nabi, « nabi » veut dire prophète en hébreux,  est un compagnon de route de Pierre Bonnard, de Félix Vallotton et d'Edouard Vuillard. Il imprime à l'enseignement de l'art une puissante impulsion. Parmi les professeurs auxquels il fait appel figurent Maurice Denis, Maillol et Sérusier. Ce dernier a connu Gauguin à Pont‑Aven.

Croquis d'Albert Bergevin,

1910

 

 

Dans la Salle Caillebotte du Luxembourg il découvre les sommets
de la peinture moderne.
Il lit les livres de Sérusier et de Maurice Denis.
Il se familiarise avec leurs théories.
Au lieu d'imiter les apparences fuyantes et de fixer l'instant
qui se dérobe, il stylise la nature. Il réduit ses formes
à l'essentiel.
Un tel apprentissage permet à Bergevin de discipliner
ses émotions optiques et d'affirmer sa personnalité.
Le voilà à pied d'œuvre.

 

   
 

« Albert Bergevin ne voulait pas de vernis, de « luisant » sur sa peinture et souhaitait qu’une « lumière égale et mâte » restitue l’ensemble des tonalités exactes qu’il avait recherchées. »

Jean Lecuir

Allée aux Cyprès

Huile sur toile



 

Il expose au Salon d'Automne de Frantz Jourdain2 . Il en sera sociétaire.

 

2 Frantz Jourdain, ennemi de tous les traditionalismes, Co-créateur du salon d’Automne au petit palais à Paris en 1903.

Salon conçu afin d’exposer les jeunes artistes  et de faire ressurgir les grands réprouvés du siècle dernier.

Il révéla le fauvisme en 1905, mais au Salon de 1907 relégua l’œuvre « la charmeuse de Serpent » du Douanier Rousseau (œuvre commandée par la mère de Robert Delaunay au retour d’un voyage en Inde) derrière un rideau, dans une section consacrée aux arts décoratifs !!!!!…

puis devient un grand ennemi du cubisme.

Architecte créateur du style « Samar » avec sa façade de la Samaritaine étonnante par sa légèreté et la diversification de ses matériaux qui s’opposait au style « Métro » d’Hector Guimard.

 

 

 
 

 

 
     
 

Soirée Gitane, huile sur toile de Albert Bergevin

 




 

En 1910 il participe au Salon des Peintres Indépendants qui est alors au faîte de sa gloire et où, l'année suivante, les cubistes livreront leur combat.
Les thèmes qu'il aborde sont variés : jardins, vues et marchés d'Avranches, scènes de cirque et scènes de Carnaval.
Sa texture picturale est déliée. Sa technique témoigne de sa maturité.
Sa vision est celle d'un homme de goût et d'un civilisé.
La presse salue ses réalisations.

 

 
 

 

 

 
 
   

Huile sur toile, musée d'Avranches

 

Nature Morte au Kilim

Huile sur toile



 

  Pendant la première guerre mondiale Albert Bergevin se replie sur lui-même.
Il fait sa rentrée en 1919. Une de ses oeuvres majeures :
Berceau dans un jardin, est placée dans la Salle d'Honneur du Salon d'Automne ressuscité auquel prennent part Bonnard, Matisse, Albert Marquet, Derain, Rouault, Vlaminck, Friesz, Laprade, Dufresne...
Il est considéré comme un des espoirs de la peinture française.
S'il a toutes les audaces, il défend, comme quelques-uns de ses pairs, l'esprit
de suite, le principe d'unité et la loi d'harmonie d'un art qu'incarnent les « Grands ».
En 1921 Albert Bergevin présente à la Galerie Panardie
 
un ensemble de plus de trente tableaux. André Warnod3 qu'il a
connu jadis à l'Atelier Julian et qui dirige la rubrique artistique
d'un journal quotidien du matin, lui dédie un article élogieux
entre tous. II parle de sa science de la composition. Il vante
ses qualités de coloriste et de dessinateur.

 

 

3 André Warnod.

Voici une anecdote intéressante au sujet de cet artiste et critique d’art : En cette année 1910, sans doute, en contemplant le spectacle des rues inondées devenues canaux que trois jeunes artistes, Roland Dorgelès, Pierre Girieud et André Warnod eurent l'idée de baptiser « Coucher de soleil sur l ‘Adriatique » un tableau qui est la vedette du  Salon des indépendants. L'œuvre est, en effet, collective. Les trois facétieux compagnons ont su convaincre le patron du Lapin Agile, de leur prêter le concours de son âne, Aliboron. Installé au milieu de la rue, le baudet fut mis devant une botte de foin.  Les trois complices trempant alternativement sa queue dans différents pots de peinture, il n'eut plus alors qu'à en barbouiller une toile placée près de sa croupe,

imperturbablement un huissier notait, sous les acclamations de la foule, les moindres coups de queue de maître Aliboron. Une fois l'âne fatigué de cet exercice, l’œuvre fut signée Joachim‑Raphaël Boronali  (anagramme d'Aliboron) peintre italien, puis inscrite et déposée au Salon des indépendants. La tromperie a été révélée le jour du vernissage par un article de Dorgelès publié dans le Matin et intitulé « Un âne chef d'école ».



 

Les années passent. Entre 1922 et 1928 Albert Bergevin
expose régulièrement aux Indépendants et au Salon d'Automne.
On mentionnera sa Promeneuse au Chapeau, dont la comédienne
Jeanne Marnac s'inspirera en interprétant une pièce aux Variétés.
Il brosse la Dompteuse qui lui vaut d'être cité comme un des pionniers de l'art du XX e siècle et Carnaval qui évoque un veglione, comme la Dompteuse, cette oeuvre d'une verve et d'un accent burlesques et démoniaques, évoquait un bal à l'Opéra.

 

“aujourd’hui, j’ai fait une aquarelle d’après des accessoires de mode.;

je me propose d’en faire une toile si la lumière est aussi belle qu’elle était aujourd’hui"

 

 

 

 

 

 

Chapeau sur le fauteuil rose,

Détail, huile sur toile

     
En 1923 la Ville de Paris fait l'acquisition d'un de ses Marchés d'Avranches. En 1925 il vend au Musée d'Osaka L'intimité dans un jardin en fleurs.
Deux oeuvres de Bergevin sont envoyées à l'exposition d'art français de Tokyo.
Tandis que la Galerie Briant Robert située alors rue d'Argenteuil, accroche plusieurs dessins du jeune artiste, Albert Bergevin groupe dans une autre galerie, également disparue, un ensemble de toiles et d'aquarelles.
Par ailleurs il est représenté à la rétrospective des peintres normands de Poussin à nos jours (Galerie Barbazanges, Faubourg Saint Honoré).

En 1928 l'Etat achète une de ses oeuvres. Bergevin a la joie de la
voir exposée dans la Salle Caillebotte au Luxembourg.
 

 

 

 

   

 

Femme dans le jardin

Huile sur toile



 

De santé délicate, Albert Bergevin qui supporte assez mal l'atmosphère polluée de Paris, abandonne son atelier d'Auteuil et rentre à Avranches où l'attend une maison, dont les fenêtres s'ouvrent sur la plaine normande. Depuis il ne retourne dans la métropole où il fit ses débuts que d'une manière assez intermittente.
II mesure à sa valeur exacte les conséquences morales et matérielles de cette retraite qui lui est imposée par son médecin traitant. II se manifeste de plus en plus rarement.
Se fait il oublier ? Non pas.
II conserve à Paris, parmi les amateurs et parmi les critiques, des admirateurs et des amis fidèles.
Mais cet homme discret et silencieux peint, désormais, pour son bonheur.
II fuit le public. II se recueille et cultive son jardin.
II ne montre ses toiles qu'à quelques visiteurs admis à pénétrer

 

 
dans ses ateliers de Saint Jean le Thomas et de la rue de Geôle à Avranches.

 

 

Affiche de Bergevin

Si Albert Bergevin n'est ni un petit maître qui se cantonne dans son
fief de province, ni un peintre régional, la plupart de ses motifs
font corps avec la vieille bourgade dont il nous restitue le climat
et la couleur du temps.
Cité mi urbaine, mi rurale, Avranches est une ville morte,
elle l'était du moins à l'époque où Albert Bergevin la peignit.
Elle ne s'éveille qu'une fois par semaine, le jour du marché, qui prend,
dans certains cas, l'apparence d'une foire. La campagne l'envahit.
Elle est présente partout. On croise au coin de ruelles étroites
des carrioles identiques à celle du Père Juniet qui inspira le prestigieux
tableau du Douanier Rousseau. Vêtus de noir, les paysans à la démarche
pesante, aux traits rudes, taillés à coups de serpe, se campent comme
des statues.

 

 

 

La nature cette vieille qui fait des grâces et à laquelle le printemps précoce compte fleurette ;Elle se farde, elle se fait les yeux ; Il y a des jours où elle semble jeune……….A.B.
 

 

Les femmes portent des robes empesées. Leurs corps sont rigides. Leurs gestes sont saccadés. Leurs masques sont immobiles. Elles sont alignées, comme des soldats de plomb, derrière les mottes de beurre et les volailles rapportées de la ferme.
Elles illustrent les valeurs permanentes de la paysannerie, cette noblesse de la glèbe à laquelle elles sont liées comme les arbres et comme leurs sobres demeures aux toits couverts de chaume ou d'ardoise.

De Le Nain à Cézanne, en passant par Millet, sans oublier André Gardin et Maurice Paris, beaucoup de peintres français ont reproduit et immortalisé les traits, les attitudes et les gestes des terriens.

Dans ses Scènes des Marchés, où les hommes côtoient les bêtes à cornes, les agneaux et les cochons de lait, Albert Bergevin, sans jamais sacrifier l'ordonnance et le rythme, à l'étude descriptive du sujet, se mue en imagier. Ses tableaux de petites dimensions ont une incontestable portée documentaire. On les assimilera à des chroniques plastiques d'une époque abolie, de ses coutumes, de ses mœurs, de ses rites et de son comportement. Mais l'exceptionnel pouvoir d'évocation, dont fait preuve leur auteur n'exclut pas de sa part une surprenante liberté de mouvements.
Le tableau est ramené aux deux dimensions d'une surface : la surface plane, dont parle Maurice Denis, (art influencé des crépons japonais).
Les plans sont étagés. Les personnages, soigneusement cloisonnés, sont traités dans les couleurs locales. Le don d'enfance de Bergevin va de pair avec le gai savoir. Ses Scènes de Marché ont une étrange saveur.

L'autre volet de l’œuvre de notre artiste est constitué par des divertissements qui vont du Carnaval au Théâtre de Guignol. Le peintre essaie de compenser la médiocrité et la banalité de la vie quotidienne.
 

« En sortant du musée hier, vu un joli chat tout de velours gris aux yeux jaunes qui ondulaient entre les rouleaux de granit de la rambarde. Contraste ravissant entre la matière et la couleur de ses yeux gris »

   

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  Détail d'une huile sur toile
 

 

 

 

  Le Chat à la fenêtre, huile sur toile




 

S'évade t il hors du temps ? Se souvient il des Masques et Bergamasques et des Fêtes Galantes de Paul Verlaine ? Le pays du théâtre, ce royaume de férie, inspire à Bergevin des toiles empreintes d'un charme mélancolique et d'une exquise subtilité de touche. Sa palette est faite de bleus turquoise, de roses, et de gris perle, ces gris uniques, dont il garde le secret.

Amateur de gravures sur bois d'une riche polychromie, de reliures romantiques et de fixés sur verre, d'horloges normandes aux cadrans historiés et de « canards », ces journaux destinés à une clientèle rurale que distribuaient des vendeurs ambulants, Albert Bergevin n'est pas un peintre d'expression populaire.
Il refuse de confondre l'art appliqué, le folklore et l'art pur.
Ses natures mortes de fleurs et de fruits ne sont pas des versions des images d'Epinal, et des tapisseries au point ou des broderies, leurs teintes sont chaleureuses, les coups de pinceau sont visibles à l’œil nu.

Albert Bergevin aime aussi les jardins qu'animent des personnages de jeunes femmes méditant.
 

 

 

 

Bois de Bergevin

 

Détail d'une huile sur toile

 

 

 

 

 

   

 

« Ces biens jolies choses qu’on ne regarde pas assez »

un bouquet de fleurs construit par son épouse Marie-Jeanne



 

 

Peintre de grèves et de dunes, de l'océan de sable et de la baie qui encercle un rocher sur lequel se profile la masse de l'Abbaye dédiée à Saint Michel,
Bergevin, ce rêveur éveillé, est un poète de l'espace aérien.
Ses paysages inclinent à la rêverie. Par delà le visible ils dévoilent l'invisible et nous livrent l'âme des choses.

Extrait d’un écrit de Waldemar George, critique d’art. Mai 1965.
Publié dans la revue de l’Avranchin et du pays de Granville, septembre 1979





 

 

Bergevin par les Antiquités Saint Martin

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